Posez la même unité extérieure de pompe à chaleur à trois endroits d’un immeuble haussmannien, au fond de la cour, dans une courette, puis sur la toiture, et vous entendrez trois machines différentes. L’appareil n’a pourtant pas changé. Ce qui change, ce sont les parois qui l’entourent, la distance qui le sépare des fenêtres et le silence du lieu où il tourne. Pour un architecte, l’acoustique d’une PAC collective se décide sur le plan et sur la coupe bien avant de se lire dans une fiche technique.
Pourquoi la cour, si calme, est l’endroit le plus délicat
La cour fermée a de quoi séduire : elle est accessible, invisible depuis la rue, et l’on croit toujours pouvoir y loger l’équipement dans un recoin sans usage. C’est aussi un volume minéral, bordé de façades dures en pierre ou en enduit, qui renvoient le son d’un mur à l’autre. La Fédération française du bâtiment le souligne : une cour fermée crée de la réverbération et accentue le niveau sonore. Quand la cour a été couverte d’une verrière au fil des transformations de l’immeuble, le volume devient presque clos, et le phénomène s’aggrave encore.
Le second écueil tient à la manière dont on habite ces immeubles. Dans la distribution haussmannienne classique, les pièces de réception donnent sur la rue, tandis que les chambres s’ouvrent volontiers sur la cour, précisément parce qu’elle est tranquille. Or la réglementation sur les bruits de voisinage ne juge pas un bruit dans l’absolu. Elle le compare au bruit résiduel, celui qui subsiste quand la machine est à l’arrêt, si bien que plus le lieu est silencieux, plus la même pompe à chaleur en émerge. La nuit, pour un appareil qui fonctionne des heures d’affilée, l’écart toléré se réduit à 3 dB(A). Le calme de la cour, qui fait tout son prix, la rend aussi plus exigeante que la rue.
Reste un réflexe d’architecte qu’il faut savoir contrarier : dissimuler l’équipement dans un angle. Visuellement, la démarche se défend. Acoustiquement, elle se retourne contre vous. Une surface réfléchissante proche ajoute environ 3 dB au niveau perçu, et un angle formé par deux murs en ajoute environ 6. En voulant faire oublier la machine, on la rend plus présente.
Les courettes concentrent le bruit plus qu’elles ne le cachent
La courette reproduit le problème de la cour, en plus serré. Ce puits de jour étroit, sur lequel ouvrent cuisines, salles d’eau et parfois l’escalier de service, paraît taillé pour les équipements : personne n’y séjourne, et les descentes d’eaux comme les conduits y passent déjà. Mais ses parois se font face à faible distance, les fenêtres s’empilent sur toute la hauteur et le son rebondit d’une paroi à l’autre sans trouver d’issue latérale. L’été, quand une PAC réversible produit du froid, ces fenêtres de cuisine sont grandes ouvertes au moment même où la machine tourne.
Sauf étude acoustique démontrant le contraire, une courette devrait être le dernier emplacement envisagé pour une unité extérieure. Elle peut en revanche accueillir des réseaux, à condition que leurs fixations soient désolidarisées des murs.
La toiture éloigne la machine, à condition de penser à la charpente
Sur le toit, la géométrie joue enfin en votre faveur. En champ libre, chaque doublement de la distance fait baisser le niveau d’environ 6 dB, et le son n’est plus piégé entre des façades. Le terrasson, la partie presque plate qui coiffe le brisis d’une toiture mansardée, peut offrir la seule surface dégagée de l’immeuble. Encore faut-il regarder autour. Les lucarnes des anciennes chambres de service, et celles de l’immeuble mitoyen à la même hauteur, sont parfois plus proches de l’unité que n’importe quelle fenêtre sur cour. L’orientation du refoulement d’air compte alors autant que l’emplacement lui-même.
L’autre risque est structurel. Une charpente et un plancher de comble légers transmettent les vibrations bien plus volontiers qu’une dalle épaisse : le ronronnement du compresseur descend par la structure et s’entend dans les pièces du dernier étage, fenêtres fermées. Sur un toit ancien, le socle désolidarisé, les plots antivibratiles et les liaisons souples sur les tuyauteries se dessinent dès l’esquisse, et non au moment de la réception.
Le bureau d’études Pari Froid Solutions, dans un article sur les normes de bruit d’une pompe à chaleur collective, rappelle que le bruit perçu dépend aussi de la configuration du bâtiment : cours, façades, toitures, locaux techniques. Autrement dit, de choix qui se font sur le plan, à un stade où l’on peut encore déplacer une machine d’un trait de crayon.
Le local technique ne règle pas tout
Quand l’immeuble a conservé une ancienne chaufferie en sous-sol, elle peut recevoir la partie hydraulique de l’installation (ballons, échangeurs, pompes) entre des murs de cave épais qui ne donnent sur aucun logement. L’unité extérieure d’une PAC air-eau a besoin, elle, de l’air du dehors : le sous-sol ne fait que déplacer une partie du problème. Les pompes et les tuyauteries qui remontent par les gaines peuvent d’ailleurs propager à leur tour des vibrations, si on les fixe sans précaution contre un mur mitoyen.
Une dernière confusion mérite d’être dissipée, celle qui consiste à appliquer à l’ancien les exigences du neuf. L’arrêté du 30 juin 1999 relatif aux caractéristiques acoustiques des bâtiments d’habitation limite bien à 30 dB(A) le bruit des équipements collectifs dans les pièces principales, mais il ne concerne que les bâtiments dont le permis a été déposé depuis 2000. Un immeuble haussmannien relève des règles sur les bruits de voisinage du Code de la santé publique. En pratique, fabricants, acousticiens et Association française pour les pompes à chaleur (AFPAC) retiennent comme référence de conception une émergence de 5 dB(A) le jour et de 3 dB(A) la nuit.
Avant de comparer des machines, tracez sur la coupe de l’immeuble la ligne qui relie chaque emplacement envisagé à la fenêtre de chambre la plus proche, y compris chez le voisin. C’est cette fenêtre, et non l’appareil, qui doit servir de point de départ au projet.
